Au revoir Champion

Par Carline, le 06 Oct 2017 10:20

Lorsque L’Express, avec Jean-Luc Balancy à la tête de la section sportive, lance son supplément hippique, inséré dans le journal à la veille de chaque journée de courses au début des années 90, Éric Betsey, fraîchement débarqué du St Mary’s College, intègre la petite équipe rédactionnelle. Depuis, il y est resté et a été témoin de chaque étape de l’évolution du produit.

Un des pionniers du magazine, Éric était, à l’époque, l’homme de terrain attitré de L’Express-Turf, ne ratant que très rarement une séance d’entraînement ou une journée de courses. Ce fut lui, du reste (comme il aimait si bien me le rappeler pour me taquiner !), qui m’avait présenté à des entraîneurs alors que je faisais mes tout premiers pas dans le métier. «Kan mo la, ki to per ? Nek swiv mwa», insistait-il toujours à chaque fois que j’hésitais à l’époque à pénétrer l’enceinte d’une écurie à la rue Shakespeare.

Même s’il était employé à Leal Group et ne faisait que collaborer à L’Express-Turf, Éric ne se contentait jamais du minimum. C’était lui le «Grand Chef», n’hésitant jamais à nous tirer les oreilles s’il apprenait une information ailleurs, autre que chez nous. Pour lui, pas question de rater quoique ce soit et aucune excuse n’était valable.

Un «winner» jusqu’au bout des ongles dans tout ce qu’il faisait, Éric a remporté plusieurs fois le championnat des pronostiqueurs de la presse. Je me souviens toujours de cet après-midi, au terme d’une longue saison de courses, où Christophe Soumillon et Rye Joorawon venaient de remporter leurs championnats respectifs. «Mon petit Ally, n’as-tu rien remarqué de spécial ?» Connaissant son sens de l’humour, je savais exactement où il voulait en venir. Mais je feignais de ne rien comprendre et Éric, avec son large sourire, ne s’empêchait pas de me lancer à la figure : «Il n’y a que de véritables champions au Champ de Mars aujourd’hui !» En effet, il venait, lui aussi, de recevoir sa coupe récompensant le meilleur pronostiqueur de la saison !

Grand professionnel, bon vivant, Éric, cet être exceptionnel, était surtout un ami sincère de toute la rédaction. Toujours prêt à «bar enn goal» au cas où un de nos textes risquait de causer des remous au Champ de Mars. «Pa per, dir le gran Éric ki fin ékrir !», disait-il toujours avec sa fierté et son assurance légendaires.

Durant des mois, surtout depuis le 3 septembre dernier, Éric s’est montré courageux. Mis à rude épreuve, il a affronté, coup sur coup, deux interventions chirurgicales délicates. Mais il était déterminé à se battre. Pour lui. Pour sa maman, sa sœur. Bref, pour sa famille, mais aussi pour sa petite équipe à L’Express, qu’il avait conviée à un dîner à son domicile à Roches-Brunes en juillet dernier. Il tenait absolument à nous rencontrer, lui qui ne pouvait plus se déplacer au Champ de Mars en raison de sa santé fragile. Signe du destin ? Lui seul le savait.

En ce mardi 3 octobre, Éric a décidé d’accepter son sort. À l’âge de 47 ans. Plus la peine de se battre contre le destin. Proches, amis, connaissances, tous pleurent son départ. Ce vide, qu’il laisse autour de lui, sera, non pas difficile, mais impossible à combler.

Si seulement il faisait comme son idole, sir Gaëtan Duval ? S’il ne faisait que faire semblant ?

Au revoir, Champion !

Ally Mohedeen

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