Eternel Tandragee !

Les événements “off course”, aussi médiatisés et ronflants qu’ils soient dans le sillage de l’affaire Catamaran, ne peuvent, sur un plan purement sportif, faire de l’ombre à Tandragee, devenu une légende vivante de l’écurie Gujadhur. Laissons le soin aux autorités de tirer toute l’affaire au clair (il y va, après tout, de leur crédibilité) et aux dirigeants du Mauritius Turf Club de sortir de leur zone de confort où ils se sont installés depuis leur prise de pouvoir et injecter une nouvelle dose d’énergie et d’idées dans leur démarche comme administrateurs face aux motivations du gouvernement d’accorder à la Gambling Regulatory Authority des pouvoirs additionnels qui, tels que présentés dans le Finance Bill, réduiront le MTC à un simple «rubber stamp racing organiser.» Concentrons-nous plutôt sur l’exploit sportif dont on a été témoin dans le Barbé.

Qui aurait pu l’imaginer ? Pratiquement cinq ans après son sacre dans la Coupe d’Or, cet alezan a remporté le Barbé – la deuxième classique de sa carrière – à sa 39e sortie au Champ de Mars. Son exploit est d’autant plus invraisemblable dans la mesure où il partait du 11e couloir et que l’opposition était de taille. Finalement, celui qui a été appelé à la rescousse après le forfait du tenant du titre Kremlin Captain a déjoué tous les pronostics en s’imposant grâce à une monte judicieuse de son jockey Steven Arnold. L’Australien, qui n’a pas toujours fait l’unanimité parmi les partisans de l’écurie Gujadhur, a su profiter pleinement des circonstances de course pour réaliser un véritable tour de force.

A l’aube de ses 9 ans, Tandragee a déjà vu défiler au cours de ses six saisons passées au Champ de Mars des grandes pointures du turf : D’Ice Axe à Il Saggiatore en passant par Green Keeper, Tales Of Bravery, Kremlin Captain et Parachute Man, il les a tous croisés et au vu de ses deux dernières prestations, on dirait qu’il n’a pas pris une ride. Les jeunes Easy Lover et Ernie, qu’il a devancés lors de ses deux dernières sorties, en savent certainement quelque chose.

Le fils de l’étalon Bezrin n’a peut-être pas marqué les esprits à l’image de certains grands cracks qui ont évolué au Champ de Mars au cours de la dernière décennie, mais il n’empêche que son parcours a été exemplaire à tout point de vue et de mémoire de turfiste, on connaît très peu de chevaux qui ont duré à ce niveau pendant aussi longtemps. Il faut remonter dans le temps avec les Azul, Noble Salute et autres Lines Of Power. D’où notre démarche exclusive, cette semaine, de donner la parole à son éleveuse, Mme Judy Brannigan, celle qui a «façonné» Tandragee pour en faire «a powerful running machine».

Il faut ici ouvrir une parenthèse pour saluer les mérites de son entraîneur Ramapatee Gujadhur qui, grâce à ce succès, confirme plus que jamais qu’il demeure le “Mr Classic” du Champ de Mars. Non seulement, a-t-il aligné sa 3e victoire consécutive dans le Barbé après Kremlin Captain (2016) et Bulsara (2015), mais il a également remporté sa deuxième victoire classique de la saison après le sacre de Ready To Attack dans la Duchesse, plus tôt cette saison.

Compte tenu de la belle prestation du stayer Enaad (3e à 0,70 L), il va sans dire que l’homme fort de la plus vieille écurie du turf peut bien espérer réaliser la passe de trois dans le Maiden (NdlR : il pourra également compter sur Disco Al) face à l’ogre Parachute Man et le non moins prometteur Solar Star.

Plus que jamais, le prochain rendez-vous classique de la saison s’annonce palpitant et on en salive déjà.

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