Trompe-l’œil

Depuis quelque temps, le Mauritius Turf Club attribuait presque tous les maux de l’industrie hippique à la Gambling Regulatory Authority. Certes, l’instance régulatrice a, plus d’une fois, outrepassé ses droits que lui confèrent les lois du pays avec une mainmise inacceptable à plusieurs niveaux confondant volontairement son rôle de régulateur à celui d’organisateur de courses. Ne pas reconnaître cette intervention étatique, calculée paraît-il, mais néfaste à la bonne marche de l’industrie des courses, relèverait de la mauvaise foi. 

Mais les interventions de la GRA (parfois grotesques il est vrai, avec par exemple, ses directives scélérates) ne sont pas l’unique facteur ayant conduit l’hippisme mauricien à un niveau dont personne n’est fier aujourd’hui. Bien au contraire, car le niveau qu’on a atteint au Champ de Mars soulève nombre d’interrogations, toutes portant sur l’avenir du secteur hippique, jadis ­florissant.

La réussite d’une saison de courses ne se mesure pas uniquement au nombre de sponsors qu’on a pu attirer sur l’hippodrome, ni sur quelques millions de roupies en surplus. Mais plus sur les retombées positives d’une stratégie mise en place pour garantir aux courses de chevaux un avenir serein face aux difficultés de demain. Sur ce plan, malheureusement, 2017 serait une faillite.

Au lieu de menacer de mettre à exécution une politique de chasse aux sorcières durant les premières semaines du mandat du nouveau conseil d’administration, ciblant ceux considérés comme proches de l’ancien pouvoir, le MTC aurait franchi un palier s’il avait pris de la hauteur et agi d’abord et avant tout dans l’intérêt de son produit. Cela aurait permis aux dirigeants du Club de contempler ambitieusement l’horizon au lieu de ne voir que le bout du doigt leur indiquant la limite de la vue ! Droits de télévision, SMS Pariaz, ‘commingling’, PMU… autant de dossiers desquels le MTC aurait pu tirer le maximum de bénéfices si les négociations avaient été menées en bonne intelligence.

Mais l’absence de cohésion (et de vision) au sein de sa hiérarchie place aujourd’hui le MTC dans une situation tristement inconfortable, à un moment où son ‘leadership’ est plus que jamais contesté de l’intérieur. Devant la menace d’une destitution à laquelle il faisait face, Mukesh Balgobin aurait, dit-on, riposté en brandissant quelques dossiers brûlants. Ce qui a eu pour ­effet de retarder le coup d’Etat envisagé par ses pairs.

C’est dans ces conditions, qui ne font pas honneur non seulement au Club lui-même, mais à l’ensemble du monde hippique, que le MTC et ses courses accueillent leurs invités pour un week-end international qui, au-delà du spectacle auquel on peut espérer avoir droit avec, entre autres, le retour d’un certain Jeffrey Lloyd sur la terre de ses exploits, ajouté à celui de Robbie Fradd, sert plus de trompe-l’œil.

On verra en 2018 si la descente aux enfers se poursuivra pour le MTC ou s’il saura se remettre en question. Pour des raisons économique et stratégique, ce sera une année charnière et le MTC devra pouvoir tout mettre en œuvre pour dessiner les contours d’une stratégie globale favorable aux conditions dans lesquelles évolueront les courses à Maurice. Et non dans lesquelles siègeront les administrateurs à son conseil d’administration.

Derrière le rendez-vous international de ce week-end se cache un MTC méconnaissable, qui aurait perdu de ses valeurs et de son identité et qui peine à se réinventer. La faute à ses dirigeants et à personne d’autre !

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