Jeffrey Lloyd :«Always hard when you are on top and you want to keep that level»

Par Carline, le 02 Aug 2019 12:34

Jeffrey Lloyd a tiré sa révérence. Le crack jockey sud-africain a monté la dernière course de sa carrière le samedi 13 juillet, à Doomben, à l’âge de 57 ans. Une carrière qui avait débuté en 1978 et durant laquelle il a remporté plus de 5 000 victoires, dont 94 de niveau Groupe 1. De l’Australie où il profite de ses premiers jours de retraite aux côtés de sa famille, Jeffrey Lloyd a accordé un entretien exclusif à L’Express-Turf.


Jeffrey Lloyd, après une fructueuse carrière longue de plus de quarante ans, vous avez décidé de raccrocher à l’âge de 57 ans. Et le Brisbane Racing Club vous a concocté un farewell exceptionnel…

Oui. J’ai été vraiment touché par le geste du Brisbane Racing Club, par les bons mots de mes collègues jockeys ainsi que ceux du public. J’ai toujours voulu prendre ma retraite lorsque mon fils Jaden aurait sa licence. Il va bientôt commencer à monter en courses et je pense que le temps est venu pour moi de me retirer.

Et le secret derrière votre longévité dans un sport connu pour être dur physiquement mais aussi moralement ?

Je pense que cela a été plus dur pour moi moralement que physiquement. Physiquement, mis à part mon accident vasculaire cérébral, je n’ai jamais vraiment connu de soucis physiques. Mon poids ne m’a jamais posé problème et je n’ai pas connu de problèmes d’articulations non plus. Reste que cela a été ­assez dur pour moi mentalement. Ce n’est jamais facile de maintenir sa position lorsque vous avez atteint le sommet dans n’importe quel sport.  

Justement, vous avez, en 2013, souffert d’un accident cérébral sérieux. Comment avez-vous passé ces moments pénibles et n’aviez-vous pas songé à mettre un terme à votre carrière à un moment donné ?

Des moments très pénibles pour moi et ma famille. J’étais aux soins intensifs et c’était sérieux. On ne savait pas de quoi demain allait être fait. Les médecins disaient que je n’allais pas pouvoir remonter en courses. Au départ, je n’avais pas d’autre choix que de me plier devant cet avis médical. Mais lorsque j’ai commencé à réaliser que j’allais de mieux en mieux, l’envie de remonter a pris le dessus. J’ai alors beaucoup travaillé sur mon fitness pour pouvoir me remettre en selle. 

Tout ça a pris combien de temps ?

Une bonne année ! It was very satisfying to come back. It was a kind of a challenge. Lors de ma première saison après retour, Felix Coetzee m’a un jour abordé. J’étais troisième au classement à ce moment-là à une vingtaine de victoires du meneur et j’étais content de mon parcours. Il m’a dit ceci :“Jeff, I have never known you to be happy running third.” Ce fut le déclic. Cela m’a motivé et j’ai terminé la saison en tête du ­classement.

Vous partez, mais vous êtes déjà assuré d’un quatrième titre de Metropolitan Champion. C’est un véritable exploit !

Oui, c’est intéressant de remporter le titre surtout pour une quatrième fois dans une juridiction aussi compétitive. J’avais 30 victoires d’avance quand j’ai arrêté. J’aurais pu terminer la saison mais j’ai dû arrêter car j’ai un mariage à assister. Ça me tient à cœur. Celui de Chad Schofield, le fils de Glyn Schofield. Je dois me rendre en Thaïlande pour y assister.

Il y a aussi ce record de gagnants lors d’une saison détenu par un certain Chris Munce que vous avez battu lors de la saison 2016/2017…

Je crois qu’il peut tenir pendant longtemps celui-là (Rires). 

Vous avez monté dans plusieurs pays remportant 19 titres de champion et ce, dans trois pays différents. Dans quel pays l’adaptation a été plus ­difficile ?

Je dirai sans hésitation l’Australie. A Maurice, je montais des chevaux sud-africains et je les connaissais bien. Je montais surtout pour Philippe Henry, ce qui rendait les choses beaucoup plus faciles. In Australia, I had to start from scratch. Les pistes étaient nouvelles, les chevaux étaient différents. Je ne connaissais pas grand monde et il fallait faire mes preuves. A 46 ans, ce n’était pas évident de démarrer dans ces conditions. Mais j’ai pu prouver ce dont je suis capable et remporter quatre fois le Metropolitan Champion Title.

On croit comprendre que vous serez maintenant le Racing Manager de votre fils Jaden…

Oui. Mais pas immédiatement. Il devra gérer seul jusqu’à ce qu’il remporte ses vingt premières courses. Par la suite, je serai à ses côtés pour l’aider à agencer sa carrière. 

N’êtes-vous pas inquiet d’avoir un coup de blues après avoir connu une carrière aussi ­remplie ?

Non. Je pense que je suis prêt moralement pour ça. C’est vrai que dans certains cas, cela peut bien arriver surtout une fin de carrière prématurée. Reste que dans mon cas, l’heure de départ a sonné. I feel ok as the time is right.

Après une si brillante carrière vous aurez pu faire un très bon riding master. N’avez-vous pas reçu des offres ?

Non. Pas pour le moment. Je pense que je ferai un bon mentor pour les jeunes jockeys. I can teach them a thing or two (Rires). Plus sérieusement, pour le moment mon attention est portée sur la carrière de mes deux fils. Mais c’est certainement quelque chose que j’aurais aimé faire juste après qu’ils auront lancé leur carrière.

Parlons de votre parcours à Maurice. Qu’en retenez-vous ?

Surtout les quatre dernières années quand j’ai monté pour Philippe Henry. Je montais pour des gens formidables. Il y avait Big John (Ndlr : Jean Hardy), François du Mée, des gars qui sont, du reste, toujours de très bons amis de la famille. Monter et gagner pour ces propriétaires fait que la saveur d’une victoire est spéciale. Je montais de très bons chevaux qui étaient entraînés par le meilleur entraîneur du pays. C’était excitant.

Qu’est-ce qui faisait la force de votre association avec Philippe Henry ?

Je dirai… le respect mutuel. Je savais que je montais pour le meilleur entraîneur du pays et il savait qu’il avait le meilleur jockey sur ses chevaux. C’était çala clé. On était, certes, entraîneur-jockey mais on était aussi amis. On l’est toujours du reste même si j’ai monté pour lui pour la dernière fois, il y a plus d’une décennie.

S’il fallait nommer une des victoires qui vous ont fait le plus de plaisir à Maurice, laquelle diriez-vous ?

(Direct). Laréussite de Rythmically dans la Coupe d’Or. Ce fut une victoire très tactique. On avait battu World Focus avec intelligence. J’avais fait un early move. We went around horses and won the race there. S’il y avait à nommer une victoire, je dirais celle-là. Toutefois, mon cheval préféré était Gypsey Rover. Il était un cheval difficile, mais très excitant à monter. Le potentiel était là et il fallait l’amener à bon port.

Un cheval que vous auriez aimé piloter, mais que vous n’avez jamais eu l’occasion de monter au Champ de Mars ?

Hinterland. J’ai monté beaucoup de très bons chevaux à Maurice et ailleurs, mais celui-là, il était vraiment un top horse. I liked him. I thought he was very good.

Et la plus grande satisfaction de votre longue carrière?

Les quatre dernières années en compétition suivant l’accident cérébral. Il a fallu être vraiment fort pour remonter la pente. C’est pourquoi les titres de Metropolitan Champion Jockey ont une saveur spéciale.

Au chapitre des déceptions, on peut penser que le fait de n’avoir jamais remporté le Vodacom Durban July figure en pole position, n’est-ce pas ?

(Le ton monte) Non. Pas du tout ! Vous savez quelle est la plus grande déception de ma carrière ? Ma ­suspension à Maurice sur Perfect Warrior. Les commissaires m’avaient infligé trois mois de suspension, qui furent, par la suite, ramenés à un mois en appel. Ils avaient trouvé que je n’avais pas donné toutes les chances à ce cheval. C ette suspension m’est restée en travers de la gorge car j’ai toujours fait de mon mieux à chaque fois que j’étais en piste et ce, partout où j’ai monté.

Et vos échecs dans le July ?

C’est vrai que je n’ai jamais gagné cette course, mais… I never messed up the chances of any of my rides in that race. Mais que voulez-vous ?

Lors de votre dernière tentative dans le Vodacom Durban July vous avez monté Made To Conquer, bon deuxième à ­l’arrivée. L’écurie Gujadhur vient de l’acheter avec comme objectifs les grandes affiches, dont le Maiden en 2020. Votre appréciation de ce coursier ?

Very good horse. Il devrait bien aimer Maurice. C’est un puissant cheval qui peut courir avec le pas, mais qui peut aussi venir au finish. Il aime que le rythme soit sélectif. Il a beaucoup de classe et du stamina. Il peut aller jusqu’au 3200m. Il sera un très bon compétiteur dans le Maiden l’année prochaine.

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