GAËTAN FAUCON : «Mes médecins m’ont surnommé “le miraculé”»

Par Carline, le 18 Oct 2019 10:22

Il a déjoué les pronostics en échappant à la mort en 2017 lors de sa chute spectaculaire au Qatar.

Et comme toutes les portes pour rechausser à nouveau les étriers en course lui semblent fermées, c’est vers l’entraînement de chevaux que Gaëtan Faucon compte se tourner.

Cela fait un moment qu’on vous a perdu de vue. Qu’est devenu Gaëtan Faucon, l’ex-champion de Maurice ?

(Sourire) C’est vrai qu’il s’en est passé des choses depuis mon départ de l’île Maurice en 2013. Je dois dire que j’ai connu une assez bonne période au Qatar avant que ne survienne mon fameux accident.

Nous y reviendrons. Vous avez connu de bons moments lors de votre passage au Champ de Mars. De ceux-là, qu’est-ce qui émerge du lot ?

Ecoutez, j’ai beaucoup apprécié le fait d’être jockey champion aux côtés de Sherman Brown en 2008 alors que j’étais associé à l’écurie Serge Henry. Mais c’est la saison 2012 qui restera à jamais gravée dans ma mémoire. Cette année-là, j’ai remporté le Maiden, la plus grande course du calendrier hippique mauricien, avec Ice Axe, et la Coupe du Bicentaire avec le même coursier. J’ai aussi réalisé un coup de cinq (NdlR : 27e journée avec Wonderlaine, Eagle Squadron, Freedom, Salute The Saint et Prince Alwahtan). Comme c’était l’année du Bicentenaire du MTC, cela ajoutait encore un peu plus de prestige à cet exploit. Aujourd’hui, je suis fier de savoir que mon nom est associé à l’histoire du turf mauricien, tout comme celui de l’entraîneur Ricky Maingard.

Toujours est-il que votre départ en 2013 a fait couler beaucoup d’encre. Vous aviez notamment écopé de deux suspensions de six journées pour avoir accepté des “cadeaux” sans le consentement de votre entraîneur ainsi que d’avoir divulgué des ­infos sur les chances de vos ­chevaux…

Certes, je regrette les circonstances dans lesquelles j’ai dû partir. Vous savez, beaucoup de choses ont été dites à mon sujet. Et qui sont fausses selon moi. La preuve : rien n’a pu être prouvé jusqu’ici. Vous m’accusez? D’accord. Mais donnez-moi au moins des preuves de ce que vous avancez. Parce que c’est trop facile de tout mettre sur le dos du jockey. Moi, j’ai monté tous mes chevaux de la même manière, qu’ils fussent favoris ou cotés à Rs 3 000.

En mars 2017, vous connaissez un événement qui changera le cours de votre vie. Cela vous arrive-t-il encore de repasser le film de cette course dans votre tête, même aujourd’hui ?

En tant que jockey, j’ai connu bien des chutes. J’ai déjà eu la clavicule cassée, entre autres. Mais rien n’était comparable à celle de Doha (Qatar). D’ailleurs, je dois avouer que c’est encore un peu difficile d’en parler aujourd’hui.

On se doute que la suite n’a pas été rose pour vous…

C’est vrai. Surtout que je n’avais eu aucun membre fracturé mis à part les blessures à la tête. Mais j’étais tout à fait conscient après, je reconnaissais les gens autour de moi. Mes médecins m’ont même surnommé «le miraculé», tant ils estiment que j’ai de la chance d’être toujours en vie. J’ai même vu un article sur internet qui disait que j’étais décédé ! J’avais cinq œdèmes cérébraux après ma chute. Deux mois et demi après, il n’y avait plus rien. Tout ça pour vous dire à quel point je reviens de loin. Mais je ne suis pas à plaindre vous savez. J’ai toujours l’usage de mes membres et j’ai conservé toutes mes facultés mentales. J’en connais d’autres qui n’ont pas eu cette chance. Regardez Michael Schumacher. Il a mis sa vie en danger tout au long de sa carrière de pilote de Formule 1, mais c’est un banal accident de ski qui a pratiquement eu raison de son existence. Aujourd’hui, il peine encore à s’en relever.

Comment vit-on le fait de ne plus pouvoir exercer le métier qu’on aime ?

Cela a été dur les premiers jours. Après l’accident, j’ai été sur la touche pendant 14 mois. Je ne pouvais même pas faire du sport. Petit à petit, j’ai remonté la pente. J’ai pu exercer comme cavalier d’entraînement auprès d’entraîneurs renommés comme Francis-Henri Graffard, Fabrice Chappet et Fabrice Vermeulen à Chantilly. Alors que je préparais auparavant mes propres chevaux pour la course, j’ai dû le faire pour d’autres jockeys. C’est devenu lassant à un moment car des fois, tu n’as même pas de remerciements pour le travail que tu fais. Ce qui est vraiment dommage, je trouve, parce que le cavalier du matin, il prend les mêmes risques que celui qui monte en course. Et ça, les gens ne le réalisent pas forcément.

Un retour en compétition est-il encore envisageable pour vous aujourd’hui ?

Je n’ai que 35 ans. Je peux encore monter, il n’y a pas de souci là-dessus. Les aptitudes, je les ai encore. Mais les propositions n’arrivent pas. Au fond, je peux comprendre la réticence des gens à vouloir me remettre le pied à l’étrier, surtout après mon accident. Bien sûr, je pourrais tout à fait envisager une nouvelle orientation professionnelle mais j’aurai bien aimé rester dans le monde des courses. Avec toute l’incertitude qui entoure un retour hypothétique en compétition, j’envisage beaucoup plus de me tourner vers le métier d’assistant-entraîneur voire celui d’entraîneur.

Dans la pratique, comment comptez-vous procéder pour votre reconversion ?

Pour être tout à fait honnête, cela va être très dur pour moi de réaliser cet objectif en France. Car j’ai quitté le pays depuis plus d’une dizaine d’années. Aujourd’hui, ils me considèrent plus comme un expatrié là-bas. Et puis, moi j’adore l’île Maurice. Cela ne me dérangerait pas du tout d’y vivre car mon fils Lucas est né ici. On verra s’il y a des propositions qui me sont faites. Je n’aime pas discuter de ces choses-là au téléphone. Je préfère le contact physique. Avant de prendre de l’emploi chez l’écurie Serge Henry, j’étais d’abord venu en vacances. Et j’ai discuté avec Kiki et Denis Le Breton autour d’un déjeuner avant d’accepter leur offre.

Avez-vous eu des retours positifs lors de votre passage au Champ de Mars samedi ­dernier ?

J’ai eu l’occasion de discuter avec quelques entraîneurs. A ce que j’ai compris, il me faudra passer par une formation et prendre part à des examens. Je compte rencontrer des officiels du MTC avant mon départ le 21 octobre pour connaître la marche à suivre.

Après votre départ houleux en 2013, n’avez-vous pas peur que cela vous ait quelque part “grillé” dans le giron ?

Ecoutez, moi j’ai toujours été honnête depuis mes débuts dans ce métier à l’âge de 14 ans. Je sais que l’argent sale, tôt ou tard, vous finissez par le rendre. Au risque de me répéter, je n’ai rien à me reprocher. Je suis revenu à Maurice pour trouver un job. Personnellement, je suis quelqu’un de très optimiste. J’aime affronter les choses. On verra ce que l’avenir me réserve.

Vous n’êtes pas passé incognito lors de votre retour au Champ de Mars. Est-ce la première fois que vous revenez sur l’hippodrome depuis votre départ en 2013 ?

Tout à fait. Cela m’a fait plaisir de retrouver des amis et d’autres visages familiers. J’ai été agréablement surpris que tout le monde me reconnaisse encore. Les gens ne sont pas vraiment choqués de me voir mais plutôt étonnés. Au fond, je pense qu’ils sont contents de me revoir. Physiquement, je suis toujours la même personne. Pour moi, rien n’a changé.

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