Simon Jones : A quand la lumière au bout du tunnel ?

Par Carline, le 25 Oct 2019 13:29

A cinq journées du terme, sept si l’on prend en considération le week-end international, Simon Jones est l’unique entraîneur à ne pas avoir encore débloqué son compteur cette année. Parviendra-t-il à éviter la saison blanche ? C’est la question que tout le monde se pose.

Y aura-t-il une happy end pour Simon Jones cette saison ? Ils sont en tout cas nombreux à l’espérer dans le giron. Surtout après tous les déboires qu’a connus l’entraîneur cette année. A ce titre, il faut rappeler que la campagne 2019 n’avait pas débuté sous les meilleurs auspices pour l’ancien jockey avec cinq de ses coursiers – près d’un quart de son effectif – contrôlés positifs à des substances illictes avant même le coup d’envoi. Si les conclusions de l’enquête sont d’ailleurs toujours attendues, l’entraîneur avait préféré à l’époque faire l’impasse sur les trois premières journées de la saison.

L’écurie Jones, il faut le dire, a eu bien du mal à se remettre de ce “départ manqué”. En sus de ces cinq coursiers suspendus pour une période de six mois, les nouvelles n’ont pas été réjouissantes du côté de la piste non plus, la fameuse victoire qui devait lancer la saison de l’écurie Jones ne s’étant toujours pas matérialisée et ce, après 31 journées de compétition. Comme nous l’a fait remarquer un acteur de la scène hippique, Simon Jones sera bientôt à court de journées pour renverser la vapeur.

Mais ce n’est toutefois pas faute d’avoir essayé, l’écurie Jones échouant à la deuxième place en huit occasions, les Haylor (29e journée), Antwerp (7e, 13e et 27e journées) et Arctic Flyer (12e et 26e journées) passant tous proche du Graal. Pire, la nouvelle unité Well Connected, qui devait être bien utile à son entourage cette saison, n’a pas vraiment eu l’occasion de montrer l’étendue de son talent, les mauvais tirages et les circonstances de courses jouant en sa défaveur jusqu’ici. Quand ça veut pas, ça veut pas !

Reste que Simon Jones maintient le cap, contre vents et marées. Le manque de réussite de son établissement ne semble en tout cas pas avoir eu raison de sa bonne humeur, car il échange volontiers des bonnes blagues avec tous ceux qui le côtoient au training matinal notamment. Mais les traits tirés de son visage trahissent les moments difficiles qu’il vit actuellement. Pas question cependant de lui arracher une interview, Simon Jones refusant jusqu’ici toutes les sollicitations des journalistes à cet effet.

Ils sont cependant nombreux à vouloir que Simon Jones finally beats the jinx, à commencer par ses collègues entraîneurs. On dit souvent qu’après la pluie vient le beau temps. Après toute la tempête qui s’est abattue sur lui, Simon Jones ne rêve que d’une belle journée ensoleillée pour son écurie. Et si c’était pour ce samedi ?

 

Paty Jones : «Si seulement tout le monde jouait le jeu… »

Pour le meilleur et pour le pire. Cette expression sied au couple Jones en ce moment. Mariée depuis 30 ans à l’entraîneur Simon Jones, Paty est d’un soutien sans faille pour son époux. Elle revient, entre autres, sur la pression qui pèse sur ce dernier, ainsi que les possibles raisons derrière cette mauvaise passe. 

Vous qui le connaissez mieux que quiconque, comment va Simon en ce moment ?

Ce n’est pas la grande joie. C’est très stressant pour lui en ce moment. En fait, c’est stressant pour toute la famille. C’est un homme très à cheval. Il ne fait jamais les choses à moitié. Il tient à sa réputation. Et cela le perturbe d’autant plus que les nouvelles vont très vite avec l’avènement de l’internet.

Votre époux a néanmoins le chic de rester digne. Il garde le sourire ou encore plaisante lorsqu’il croise les journalistes le matin et le jour des courses. D’où tient-il cette force ?

Simon a quitté ses parents à l’âge de 14 ans pour rejoindre l’académie des apprentis jockey. C’est quelqu’un qui a commencé à se débrouiller seul assez tôt. Il tient sa force de là. Il veut rester fort. Il veut croire que la roue va finir par tourner. Cela dit, on en parle beaucoup à la maison. Il se confie ! On en parle lorsque nous recevons des amis.

Cela reste quand même difficile de supporter une telle pression…

Bien entendu. Simon n’a aucun parent à Maurice. Il y a juste moi ! Ce n’est pas facile pour nous. Figurez-vous qu’il part travailler tous les jours. Je l’attends les dimanches vers 11 heures ou midi pour déjeuner. Je ne le vois vraiment qu’en fin de semaine. Il ne s’épargne aucun effort pour bien faire son métier. Et le fait d’intérioriser autant n’est pas une bonne chose. C’est d’ailleurs pourquoi notre fils est revenu de Chine pour passer du temps avec son père. Il était là pendant un mois.

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond à l’écurie selon vous ?

Ecoutez, c’est vrai qu’on a connu des moments difficiles dans notre vie. Mais là, c’est l’un des pires moments de sa vie, de notre vie. Il y a eu plusieurs cas de tampering. Plusieurs chevaux ont été suspendus. Simon ne veut plus faire confiance à personne. Il souhaite être tout le temps là, de peur que la même chose ne se reproduise. Mais encore ! Certains membres n’honorent pas leurs keeps. On doit, nous, aller chercher des sous pour l’achat des aliments et le traitement. Si tout le monde jouait le jeu, on ne serait peut-être pas dans cette situation.

 

Naresh Gujadhur : «Garder la tête sur les épaules»

Ils sont sans doute les mieux placés pour comprendre la mauvaise passe de l’écurie Jones. Eux, ce sont Naresh Gujadhur et son père Moorli, qui ont dû patienter jusqu’à la journée internationale en 2003 pour “kas piso” avec Boomerang, piloté par Yashin Emamdee. Une victoire qui s’avéra être la dernière pour leur écurie. Mais comment les deux hommes avaient-ils vécu ces moments difficiles ?

“Je dois dire que nous avions pris la chose très sportivement, grâce notamment au soutien de la famille et de nos membres, qui ne nous ont pas quitté en cours de route. Vous savez, nous n’avons pas été les seuls dans ce cas de figure. Je me souviens que mon grand-père Ackbar Gujadhur avait lui aussi remporté une seule course au cours de la saison 1948 avec la jument Oyster. Dans un passé pas très lointain, il y a aussi eu les écuries Allet et Narang qui sont passées par des moments difficiles. Bien évidemment, nous ne souhaitons à personne de vivre pareille
situation.”

La motivation n’en prend-elle pas un sacré coup avec le manque de résultats ? “Certainement. Mais il nous fallait respecter notre commitment envers nos membres. Tout ce que je peux dire à Simon Jones, c’est de garder la tête sur les épaules et de rester honnête dans ses efforts. Il lui faut aussi gérer la frustration et c’est là que la famille et les amis jouent un rôle important. Je n’ai aucun doute que cette situation l’aidera à forger son caractère.”

 

Shirish Narang : «Tous solidaires avec lui»

S’il a, certes, débloqué son compteur assez tôt dans la saison, Shirish Narang n’est pas étranger à la situation de son collègue Simon Jones. Car il a connu une véritable traversée du désert à la mi-saison avant de retrouver le box des vainqueurs samedi dernier par l’entremise de Lucky At Last. Pour lui, Simon Jones doit tout bonnement faire une croix sur cette saison.

«Tous les entraîneurs sont solidaires avec Simon Jones. Personne n’aurait aimé être à sa place. C’est une situation très difficile pour lui. Il faut toutefois se rendre à l’évidence qu’il n’a pas eu l’effectif nécessaire pour être compétitif. Au début de la saison, il n’avait déjà pas un gros effectif et pour corser le tout,  il y a eu des chevaux testés positifs qui ont été suspendus. Si vous regardez bien, vous verrez que même chez les écuries qui ont 30-35 chevaux, il n’y en a que huit ou neuf qui gagnent. La compétition est rude. J’ai souvent parlé avec Simon Jones et je lui ai dit de faire une croix sur cette saison et de se focaliser sur l’achat de nouveaux chevaux pour la saison 2020. Et dire qu’il y a des gens qui croient que les entraîneurs font fortune aux courses.»

 

Swapneel Rama : «Il peut sortir la tête hors de l’eau»

Ils se connaissent depuis un moment. Après avoir exercé longtemps le même métier, Swapneel Rama est passé tout proche de «délivrer» son ami Simon Jones sur Antwerp lors de la 27e journée. Si la réussite n’a pas été au rendez-vous sur ce coup-là, Swapneel Rama est convaincu que la chance finira par tourner pour l’entraîneur.

«Je suis de tout cœur avec Simon Jones. J’ai monté quelques chevaux pour lui et j’ai moi-même flirté avec cette première victoire pour lui avec Antwerp. C’est une situation assez compliquée dans laquelle il se trouve. A un moment donné, tout le monde passe par des moments très difficiles. Je pense toutefois qu’il a quelques chevaux qui peuvent lui permettre de sortir la tête hors de l’eau.»

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