La presse sacrifiée sur l’autel du Covid-19

Par Carline, le 10 May 2020 10:32

Alors que l’incertitude plane toujours sur le début de la saison des courses, la presse hippique dans  son ensemble se sent très concernée par des informations qui circulent, à l’effet que, selon les  provisions établies par le MTC pour l’organisation des courses à huit clos, elle allait être interdite d’accès au Champ de Mars aussi bien le jour des courses que lors du training matinal durant la  semaine.

Cette démarche s’inscrirait nous dit-on, dans un souci de veiller à ce qu’il y ait le moins de monde  possible sur l’hippodrome afin de s’assurer de la santé de tout un chacun. La presse va donc être sacrifiée sur l’autel du Covid 19 …. !   

Le caractère à la fois perfide et liberticide a de cette décision a de quoi nous interpeller. Alors que  le gouvernement considère la presse comme un service essentiel et se permet d’ octroyer aux  journalistes un ‘work permit access’ pour travailler en toute liberté en période de confinement, le  MTC, qui de toute évidence est plus royaliste que le roi, s’arroge le droit de leur priver de ce  privilège sacrosaint de la démocratie au Champ de Mars.

En ces temps de crise, on aurait pu penser que le MTC, qui se retrouve dans un précipice  financièrement, avait mieux à faire que d’agir en censeur austère en condamnant les journalistes à  suivre les courses et les entraînements, sur le circuit officiel à la télé ou sur le site officiel du ‘club’.

Si les courses mauriciennes étaient exemptes de tout reproche comme celles qui se disputent à Hong Kong – le modèle sur lequel le MTC s’est calqué pour établir le protocole du huit clos-, on aurait pu comprendre cette décision, mais force est de constater que tel n’est malheureusement pas le cas.

Qu’on se le dise, la presse hippique demeure un maillon essentiel des courses mauriciennes. Au fil  des années, elle a pleinement joué son rôle de chien de garde dans une industrie dont l’image a  souvent pâti par des scandales à répétition, courses truquées, ainsi que des dysfonctionnements  criantes à certains niveaux du MTC.

A juste titre, lors du traditionnel ‘press briefing’ qui se tient dans le ‘Stewards’ Room’ après chaque  journée, plus d’une fois les journalistes ont alerté – souvent avec raison- les commissaires de  courses sur des faits ou des montes suspectes qui n’avaient pas nécessairement retenu leur  attention. A titre d’exemple, la décision incongrue des commissaires de permettre à Manoel Nunes d’agir comme traducteur pour son compatriote Bruno Reis alors que les deux jockeys étaient en selle dans la même course, n’aurait jamais été remise en question si la presse n’avait pas levé le voile sur cette affaire.

Et pourtant, il y avait bel et bien un représentant du board de la GRA dans la salle des commissaires  ce jour-là mais étonnamment il n’avait rien trouvé d’anormal . (Ndlr : le du MTC a fait provision pour  quatre membres de la GRA dans son protocole pour le huit clos).

Il y avait également le cas de ce jeune entraîneur qui n’avait pu contenir sa joie dans le paddock à  l’issue d’une course remportée…. par un de ses collègues et dans laquelle il avait engagé un partant.

Malgré tous les caméras qui sont à leur disposition, cet incident pour le moins dérangeant avait  échappé à la vigilance des commissaires et ce sont les journalistes qui les en avaient averti.  Est-ce pour cautionner des comportements de ce genre pour ne pas dire des conciliabules  malsains entre petits copains’ dans le dos du public turfiste qu’on veut brimer la presse ? Nous  résisterons pour le moment à la tentation d’ attribuer ce motif déshonorable à celui qui a rédigé ce  fameux protocole.

La décision de l’organisateur de courses de priver les journalistes d’accès aux entraînements à PortLouis et à Floréal est tout autant inconcevable. Selon les informations qui nous sont parvenues, le MTC songerait à demander aux chroniqueurs hippiques de se fier aux images vidéos recueillies par son studio pour évaluer la forme des chevaux.

D’une part, tout journaliste hippique qui se respecte vous confirmera qu’on ne peut pas se baser  uniquement sur une image vidéo d’un galop pour juger la forme d’un cheval. Si cela était aussi  simple, cela fait longtemps qu’on aurait cessé de se réveiller chaque matin à 4h pour aller suivre les  entraînements.

D’autre part, il est important de faire ressortir que lors des séances très animées de mardi et  vendredi, plus d’une centaine de galops sont enregistrées et que le pauvre cameramen du MTC- on  peut le comprendre est techniquement incapable de les filmer dans leur intégralité. Ce n’est  d’ailleurs pas un hasard s’il en rate souvent presque la moitié.

Dans de telles circonstances, on peut se demander comment le journaliste va éclairer son lecteur ?  Dans ces temps de crise, où les turfistes qui financent l’industrie à coup de millions, sont dans le noir  et n’ont aucun repère, la logique aurait voulu que le MTC s’attelle à offrir plus de visibilité à ses  activités dans les médias.

Au lieu de cela, elle a choisi carrément d’occulter la presse de l’équation. La bonne gouvernance dit-on requiert une gestion totalement exempte de soupçons et il est evident que le MTC a encore un long chemin à parcourir dans ce domaine.


Billet paru dans 5plus dimanche

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