Guillaume Hardy: “La résilience d’ASL dépend aussi de celle de l’industrie hippique”

Par Carline, le 10 May 2020 11:04

La situation n’est pas encore critique pour Automatic Systems Ltd (ASL), qui est représenté par les enseignes Supertote et Superscore. Mais Guillaume Hardy, le Managing Director, souhaite un retour rapide aux affaires, en ce qui concerne la saison hippique notamment, et dont ASL depend fortement. Courses à huis clos, sécurité des emplois et protocole post-déconfinement sont autant de sujets que nous avons abordés avec l’homme fort d’ASL.

Il était prévu que vous rendiez votre tablier de Managing Director d’ASL depuis le 1er mai dernier mais vous jouez les prolongations. Peut-on en connaître la raison?

Nous vivons actuellement une situation de crise avec beaucoup de défis qui nous attendent à la reprise. C’est la raison pour laquelle le board a préféré que je reste en poste en attendant de franchir ce cap. Partir pendant ce moment difficile n’aurait pas été correct. Avec mon maintien temporaire, nous visons avant tout à rassurer tous nos stakeholders mais il y aura par la suite un smooth handing over avec mon successeur, M. Robert Ah Yan. Il est prévu que j’occupe le poste de conseiller au sein d’ASL pendant au moins une année par la suite. Mais je ne prends pas mes distances pour autant d’ASL puisque je reste en tant que directeur non exécutif.

Avec la campagne hippique 2020 qui peine à prendre son envol et les principaux championnats de football qui sont à l’arrêt au niveau mondial, peut-on dire que la situation financière d’ASL n’est pas au mieux?

Je dois dire qu’on a réalisé un bon premier quarter, au niveau des paris sur le foot. Comme nous n’avons pas encore débuté la saison hippique, cela fait que nous n’avons pas vraiment de coûts excessifs à gérer. A ce jour, ASL reste résilient dû a une gestion saine et responsable. Nous avons aussi pu percevoir une aide de l’Etat au niveau des salaires. Les semaines à venir risquent d’être un peu difficile si nos activités ne reprennent pas, notamment en ce qui concerne le cash flow.  Nous avons déjà élaboré un protocole pour la prise des paris dans l’éventualité où les championnats de football reprennent. On va dire que la situation est plus ou moins sous contrôle pour le moment.

Les salariés d’ASL peuvent dormir tranquille, donc?

Il faut être bien clair là-dessus: ASL n’a aucune intention de résilier les contrats de ses employés. D’ailleurs, je suis en contact direct avec notre staff à propos de la situation actuelle d’ASL. Meme les employés sous contrat à durée déterminée perçoive leur salaire de base. Pendant la saison hippique, il nous arrive de payer beaucoup d’heures supplémentaires à nos employés en raison de la charge de travail. Comme il n’y a pas de courses hippiques actuellement, il n’y a donc pas d’overtime à payer à nos employés. Nous aurons certainement une année difficile mais je suis confiant dans la reprise car les gens aiment les courses hippiques et le football.

Phumelela Gaming and Leisure Ltd, le géant des paris en Afrique du Sud, est en proie à de grandes difficultés financières. Que vous inspire cette situation?

Je dois dire que c’est une situation regrettable pour cette énorme structure qui a été un des actionnaires d’ASL par le passé. Il y a beaucoup de facteurs externes qui ont contribué à ce que Phumelela se retrouve dans cette situation difficile.

C’est énormément d’emplois qui sont à risque  et tout une industrie qui en dépend dont l’élevage mais je suis sûr qu’ils vont trouver une solution avec le support des autorités. Comme nous dépendons beaucoup de l’Afrique Du Sud pour l’importation de nos chevaux notamment, nous avons besoin que cette industrie survive.

Il est peut-être temps à Maurice de revoir la stratégie de l’industrie qui génère des revenus que pendant neuf mois. Il aurait fallu qu’on puisse prendre des paris sur les courses sud-africaine ou autres et vice-versa à travers un ‘pool’ commun et reverser une redevance au MTC. A Maurice, les courses hippiques ne coûtent rien à l’Etat, comparativement aux autres fédérations sportives.

Beaucoup de personnes vivent de cette industrie, d’où l’importance d’une considération importante de la part du gouvernement pour sa survie.

Il faudrait venir avec un modèle pour organiser des courses toute l’année. C’est plus que jamais le moment d’avoir une réflexion profonde. Comme je l’ai déjà dit, ASL a su se montrer résiliente mais sa résilience dépend aussi de celle de l’industrie hippique mauricienne.

Le Mauritius Turf Club (MTC) doit lui-même gérer une situation financière qui frise la catastrophe. L’organisateur des courses a-t-il approché ASL pour réviser à la hausse le montant de sa redevance?

Il y a effectivement eu des représentations dans ce sens et les discussions sont ongoing. Nous ne refusons pas d’aider le MTC car nous ne pouvons pas opérer sans eux. A titre d’info, il serait bon de souligner qu’ASL a déjà réglé plus de Rs 12 millions en terme de licence fees à la GRA en décembre dernier pour la saison hippique 2020.

Nous sommes à présent en mai et nous ne pouvons toujours pas opérer! S’il y a moyen d’être remboursé, ne serait-ce qu’en partie, nous pourrions alors mieux assister le MTC.

Même si nous sommes aussi dans une situation compliquée, nous sommes dans l’obligation d’aider le MTC pour la survie de l’industrie dont nous en dépendons. Comme le club dépend fortement des revenus du betting pour l’organisation des courses, il nous faut nous entraider pour que les courses hippiques reprennent au plus vite.

ASL parviendra-t-il à s’y retrouver financièrement avec l’organisation de courses hippiques  à huis-clos?

En 2019, nous avons réalisé environ Rs 8 millions de chiffre d’affaires par journée de compétition sur la prise des paris par téléphone et SMS. De ceux-là, les paris par SMS représentent Rs 3 millions et le reste concerne les mises par téléphone. Personnellement, je ne pense pas qu’on pourra doubler ce chiffre, même si nous nous attendons à recevoir plus de paris par SMS à travers notre application

 Il faut prendre en compte plusieurs facteurs comme le fait que tout le monde n’a pas accès à l’Internet Banking, à l’application JUICE par exemple ou même de pouvoir émettre des chèques pour alimenter ou réalimenter leurs comptes. Dans le meilleur des cas, le chiffre d’affaires pourrait tourner aux alentours des Rs 12-15m par journée hippique.

Avez-vous déjà élaboré un protocole de sécurité pour la reprise?

Nous avons déjà réfléchi sur la question. Nous souhaitons nous inspirer des dispositifs de sécurité mis en place dans les supermarchés notamment et approuvés par les autorités. Tout sera fait pour que la distanciation sociale soit respectée dans les betting shops ainsi que la prise de température à l’entrée et la distribution de hand sanitizers.

Nous proposons aussi de prendre les dépôts du jeudi jusqu’à samedi midi et le deadline pour la prise des paris sera fixé à midi le jour des courses. Tout ticket gagnant ne pourra être touché que le lundi suivant. Notre but n’est bien évidemment pas d’encourager les gens à parier mais plutôt d’offrir un cadre sécurisé à ceux désirant le faire.

La sécurité de nos employés et de nos clients demeure notre priorité. Nos employés auront à leur disposition tous les équipements nécessaires afin de respecter le protocole de sécurité et de santé établi par la compagnie. Il ne nous reste plus qu’à faire la mise en place une fois qu’on aura le feu vert des autorités.

En sus d’être Managing Director d’ASL, vous êtes également propriétaire de chevaux. Comment accueillez-vous la décision du MTC d’avoir exclu les propriétaires de son protocole de sécurité le jour des courses?

Je pense que cela a été fait dans le but précis de limiter les opportunités pour la propagation du coronavirus. Mais cela n’est pas pour me déplaire car je serai probablement le seul propriétaire sur place, étant un employé du Tote (rires). Mais plus sérieusement, je pense qu’il faut faire avec. Le Mauricien a été, dans la grande majorité, bien discipliné durant la période de confinement. Allons garder cette même rigueur en attendant la joie de se revoir sur l’hippodrome une fois que cette tempête sera derrière nous.

Entretien paru dans 5plus dimanche. Propos recueillis par Didier Simanarain

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