Jackpot !

Que ce soit d’abord et avant tout clair : Pera Palace, le vainqueur de la course principale la semaine dernière, n’a pas coûté que cinq sous à ses propriétaires mauriciens, qui sont partis le chercher en Afrique du Sud pour faire honneur à leurs couleurs au Champ de Mars. Partait-il avec de bonnes chances de succès sur le papier à son troisième engagement samedi ? Bien évidemment que oui et, du reste, tous les magazines spécialisés – et même ses adversaires – faisaient de lui l’un des principaux prétendants. Nous ne contestons pas sa victoire. Ni le style. Car ses qualités de sprinter sont indéniables. Un tuyau ? Pera Palace gagnera encore !

Vous vous demandez donc en quoi la réussite de Pera Palace peut déranger ? Notre concern se situe à deux niveaux. D’abord, les sommes astrono-miques qui ont dû être placées sur ses chances pour que sa cote finisse à Rs 220 après avoir démarré à Rs 550. Puis, les 14 secondes des 200 premiers mètres de la course qui logiquement posent problème. Au 1000m, le tour était joué, surtout en l’absence de White River !

On note, du reste, que les commissaires ont ouvert deux enquêtes à l’issue de la course ou, du moins, ils ont interrogé deux jockeys, dont Strydom en deux occasions, la dernière, mardi, en présence de son entraîneur. Dans les deux cas, ils ne sont pas allés plus loin que ce que l’on a vu live. On n’ose pas croire que l’écurie Maingard soit devenue une si strong betting stable pour que Pera Palace termine presque odds on avant sa sortie en piste.

La question qu’on se pose est on ne peut plus claire : d’où proviennent les grosses mises sur ce cheval ? Car, à en croire des bookmakers, c’était une course à plusieurs millions. Il est du devoir du MTC, s’il est aussi sérieux qu’il le prétend, de demander officiellement à la Gambling Regulatory Authority d’ouvrir une enquête. Et s’il ne le fait pas, la GRA doit, elle, assumer ses responsabilités, en tant que l’autorité dont elle se vante lorsqu’il s’agit de dicter sa loi à l’organisateur des courses.

Dans ce contexte, si sa démarche d’introduire une Personal Management Licence ne devra d’aucune manière faire peur au MTC, si celui-ci, en tant qu’organisation responsable, s’est, au préalable, assuré du good character de chacun des membres de son personnel, la GRA a également le devoir de s’intéresser à tout ce qui se passe en dehors de l’hippodrome. Protéger les intérêts du public et faire évoluer les courses dans un environnement sain, comme elle aime nous le dire, ne s’arrêtent malheureusement pas qu’à quelques directives. Sa Police des Jeux, elle est où ? Elle aurait dû être une intelligence unit et veiller à ce qu’il n’y ait pas de rencontres suspicieuses entre protagonistes des courses en dehors du Champ de Mars après la parution du programme. A ce titre, peut-elle nous dire qui a rencontré qui vendredi soir ?

Jusqu’ici, les autorités (MTC et GRA confondus) se sont toujours heurtées à des insuffisances légales pour aller au-delà du visuel. Ce qui se passe off course, les influences externes, celles qui impactent le betting n’ont jamais fait l’objet de surveillance. Au lieu de nous bourrer le crâne tout au long d’un après-midi de courses sur la qualité des jockeys au Champ de Mars cette année, le MTC doit plutôt s’interroger sérieusement sur ses faiblesses.

Ses commissaires avaient-ils pris note du betting trend de la course ? Qu’ont-ils fait pour en savoir plus ? Qui ont-ils interrogé ? Ont-ils alerté la GRA ? A quoi finalement sert le serveur central, où toutes les données (c’est ce qu’on nous dit en tout cas !) au niveau du betting seraient disponibles ? Qui le contrôle à la GRA ?

Autant de questions, auxquelles on aurait bien aimé obtenir des réponses. Mais peine perdue ! Puisque ce serait plus facile de brandir, contre nous et la presse dans son ensemble, ce vieux cliché mensonger : la presse tue les courses !

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