Les 10 % de la discorde

Il était celui sur lequel le MTC misait pour donner une nouvelle orientation à l’industrie hippique mauricienne. Celle-ci en avait bien besoin après plusieurs décennies de tergiversations. Une totale rupture avec le passé s’imposait, car trop d’intérêts particuliers, avec la bénédiction inconditionnelle du Club, pour des raisons évidentes, mais inavouées, primaient et priment encore. Même si l’industrie des courses est soutenue par des centaines de milliers de Mauriciens de tout bord – ethnique, social et politique.

Mike Rishworth a été recruté pour révolutionner et moderniser le MTC, le préparer à relever les grands défis de demain. Ce qui aurait automatiquement impacté l’industrie hippique dans son ensemble. C’était un long term plan sur lequel devaient s’appuyer le MTC et tous ses stakeholders pour sortir des sentiers battus et affronter l’avenir avec sérénité.

Mais avec une poignée de mois seulement dans sa première année de contrat à Maurice, Mike Rishworth doit bien se demander en quoi sa présence au MTC permet au monde hippique d’espérer. Qu’est-ce qui a changé depuis l’ère Halbwachs ?

D’une part, le Sud-Africain s’est probablement heurté au refus de la GRA de collaborer pleinement avec le MTC, que l’instance régulatrice veut, en fait, à travers la GRA Act, réduire à sa plus simple expression. Et cela signifie que la GRA, ou toute autre institution gouvernementale, «controls and regulates horseracing» avec le MTC comme simple organisateur.

La nouvelle GRA Act va dans le droit fil de cette politique qui prend de plus en plus forme et qui place le MTC – et ses intouchables (il y en a, tant au Champ de Mars qu’à la Newton Tower) – dans une position inconfortable.

Et de l’autre, l’organisation structurelle du MTC, longtemps décriée, inadaptée aux exigences nouvelles (mais qui arrangent en même temps ses dirigeants dans leur quête du pouvoir et tous ceux qui en profitent pour «vampiriser» les courses de chevaux à Maurice) dans laquelle continue à évoluer son employeur, en l’occurrence le MTC, l’empêche peut-être de traduire dans la réalité ses idées. A moins que cette révolution interne, dont a besoin le MTC pour assurer sa survie et, par extension, celle des courses, ne figure pas dans sa liste de priorités.

L’incapacité de Rishworth, probablement pour des raisons qu’on évoque plus haut, à donner une nouvelle direction au MTC et aux courses débouche presque sur ce qui ressemble à une situation de crise. Puisque les entraîneurs grondent et font entendre leur voix. Des vérités – du moins à leurs yeux – ont été dites aux administrateurs la semaine dernière mais, plus grave encore, ils se permettent désormais de réclamer des comptes sur la justesse des nominations faites cette année au MTC. Presque du jamais vu !

A l’origine du contentieux : la décision du Club de revoir à la baisse les stakes à hauteur de 10 %. La rencontre direction-entraîneurs confirme une chose : les deux parties ne sont pas sur la même longueur d’onde sur la manière dont le Club est dirigé. D’un côté, la gestion des finances est pointée du doigt et de l’autre, la mauvaise foi des entraîneurs serait décriée. Le MTC est aujourd’hui désorienté, désuni.

Le moment est arrivé pour qu’il s’adapte aux nouvelles réalités. Dans un environnement où le gouvernement est plus clair dans ses intentions, le MTC devra adopter une approche pragmatique, sans pour autant renoncer à ses valeurs et renier ses principes. L’intérêt de son produit, plus que le sien, doit pouvoir dicter chacune de ses décisions.

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