Dégel véritable ou cosmétique ?

Jamais une intersaison de courses n’a été aussi cruciale que celle qui arrive. Elle tracera les futurs contours d’une industrie hippique, contrainte jusque-là à ce qui ressemble à une partie de «ping pong», dont les règles sont dictées par la GRA. Manque de considération envers l’organisateur et les propriétaires, dysfonctionnement d’une autorité qui confond contrôle et pouvoir décisionnel, changements de règles en cours de saison contre des bookies… Les années se suivent et se ressemblent. 

Le MTC et la GRA se méfient l’un de l’autre et c’est dans cet environnement malsain que l’organisateur des courses – certainement pas exempt de tout reproche dans les malheurs qui s’abattent sur le sport hippique – mène sa barque. Mais les craintes que le MTC et ses courses n’avancent dans l’inconnu sont légitimes car, en cinq ans de règne, la GRA de l’Alliance Lepep n’a jamais su mettre en place une politique claire en matière de courses. Au contraire, à chacune de ses interventions impactant directement l’organisation des courses, la lourdeur de celles-ci est décriée. Mais sans suite aucune, puisque le motto de l’ancien régime était, comme le disait Anil Gayan, «Government is Government and Government decides».

Pour le MTC, les craintes s’accentuent avec la reconduction du «Soleil» à la tête du pays. Sauf que c’est une équipe complètement remaniée au goût du Premier ministre, qui a procédé à un nettoyage complet de ses écuries. On ne sait, à ce stade, si l’exercice de remaniement au sein des divers corps parapublics et institutions gouvernementales touchera également la GRA. Où un manque d’expertise et une absence de collaboration sérieuse avec le MTC et l’ICAC n’ont pas permis de garantir aux courses un déroulement sans heurts sur la piste. 

N’en déplaise au MTC et à ses commissaires, des courses à l’envers, il y en a eu cette année. Et cette situation risque de perdurer si le nouveau gouvernement ne vient pas avec une nouvelle réglementation élargie qui permettrait au MTC, à la GRA et à l’ICAC de travailler de concert et en bonne intelligence, pour assurer un contrôle professionnel et permanent dans un circuit hippique où sévissent depuis longtemps des gangs mafieux. Il faut pouvoir les traquer à travers une surveillance à la hong-

kongaise, juridiction où les lois sont loin d’être ambigües. Ici, on peine à chaque fois à établir la culpabilité de quelqu’un dans un cas de tricherie car aucune loi n’en fait provision !

Eliminer la tricherie aux courses de chevaux relève de l’utopie, mais au moins une juridiction comme Hong Kong s’en donne les moyens pour la combattre. Là-bas, lorsqu’il s’agit de promouvoir les courses et assurer leur avenir, aucun vested interest ne s’y interpose puisque c’est le Jockey Club lui-même qui, même sous l’ombre de la corruption, gère les enjeux dans la transparence tant pour les courses hippiques que pour les autres activités de paris sportifs.

Ici, le MTC n’est même pas maître de son destin. C’est incroyable, mais aussi révoltant, qu’il accepte de subir cette humiliation des années durant, sans jamais se montrer déterminé à aller convaincre, chiffres à l’appui, le gouvernement de stopper ce massacre dont il est victime. Pourtant, le rapport Parry lui en donne les moyens. Il n’a qu’à se remettre en cause, se réinventer, et à ne plus se mettre en porte-à-faux avec les conditions qui lui ouvriraient la porte pour obtenir ce fameux sésame : une betting sports licence.

Le MTC n’aurait jamais dû accepter, dès le départ, que des sommes astronomiques quittent le circuit, à l’exception de la part devant revenir à l’Etat. Depuis, il n’y a pas eu d’évolution de sa part, comme s’il refuse de s’extirper de l’engrenage financier dans lequel il s’était volontairement mis. Pour l’heure, le club se contente plutôt de «bouz fix». Voilà pourquoi les différents régimes qui se sont succédé à la tête du pays ne l’ont jamais pris au sérieux.

L’intersaison déterminera la suite des événements au Champ de Mars. Tant par la position qu’adoptera le board – nouveau ou pas – de la GRA par rapport à son input dans le respect de la loi, mais aussi par la direction que choisira de prendre le MTC par rapport à ses structures organisationnelles. Les attitudes des uns et des autres parleront d’elles-mêmes ! Déjà, on parle d’un dégel – véritable ou cosmétique ? – dans les relations avec l’obtention inattendue d’une 39e journée le samedi 7 décembre après les Internationaux ! Du jamais vu ! Ce «dégel» va-t-il permettre d’en finir avec les relations tumultueuses de ces dernières années entre le MTC et la GRA ?

En attendant, contentons-nous d’un Week-end international sans étincelles. A se demander s’il fallait vraiment inclure, dans la conjoncture économique actuelle du MTC, les Internationaux au calendrier de cette année

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