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‘Teetanesque » ! Le petit Mauricien, natif de Flacq, a dominé quelques-unes des plus fines cravaches du monde, dont Ryan Moore, Lanfranco Dettori et Joao Moreira entre autres, à Hong Kong pour s’adjuger, mercredi, son premier titre de champion dans le Longines Hong Kong International Jockeys’ Championship.

Une performance phénoménale, presque surréelle, pour Karis Teetan, qui en l’espace d’une soirée de courses de haut niveau à Happy Valley, a fait la fierté de Maurice, mais aussi du MTC, qui l’avait choisi et sponsorisé en 2004 pour un stage à la South African Jockeys’ Academy. Ce sacre survient alors que le WKI de ce même MTC, jadis aussi compétitif et spectaculaire, serait remis en question – du moins sur le court terme – en raison du niveau, sans doute le plus bas, atteint cette année.

Si certains ont l’art de se voiler la face, d’autres, comme nous, refusent de se laisser conter des histoires. Le Week-end international 2019 doit vite être classé aux oubliettes. Le MTC, avec un manque de moyens, mais avec beaucoup d’énergie, a tenté le pari dans un contexte économique difficile. Mais le «show» auquel le Champ de Mars s’est habitué depuis 1984 avec les Carson, Swinburn, Dettori, Pasquier, Soumillon, entre autres, n’a pas eu lieu.

Les raisons sont multiples et le public, dans sa grande majorité, a de quoi s’en plaindre. Tout le reste ne sera qu’anecdotique. Comme si cela ne suffisait pas, est venue se greffer à cet «épilogue sans étincelles» toute une série de rumeurs autour d’une tentative alléguée de race fixing, soit dans la 8e course de samedi.

Résultat : convocation urgente de plusieurs jockeys dans le Stewards’ Room avant même le coup d’envoi du WKI suivie du désistement du jockey Ramsamy. Pour le MTC et la GRA, la saison ira bien au-delà du 7 décembre. Car, pour l’intégrité du sport hippique, les autorités n’ont pas droit à l’erreur sur ce dossier. Le puzzle doit absolument être reconstitué pour que toute cette affaire soit tirée au clair le plus rapidement possible. Il y va de la réputation du MTC et de ses courses.

En attendant, on jouera ce samedi les arrêts de jeu de la saison 2019. Une grande première au Champ de Mars, convié à une journée additionnelle organisée, là également, au petit bonheur avec la bénédiction de la GRA. Une journée qui, dans les coulisses, est placée sous le signe de la réconciliation entre l’organisateur des courses et l’instance régulatrice. Nul ne sait, à ce stade, si c’est une vraie réconciliation ou un simple trompe-l’œil, surtout que cette grande première a lieu au lendemain des élections générales qui ont reconduit l’équipe sortante (remaniée, certes) aux affaires.

Au MTC, c’était cela la crainte : avoir à subir les désagréments du «Soleil» pour les cinq prochaines années après plusieurs saisons marquées par des désaccords profonds, qui ont débouché sur des actions légales. La liste des désaccords est exhaustive, et on se demande par quel tour de magie le MTC et la GRA auraient accordé leurs violons pour donner l’illusion qu’un dégel s’est installé entre eux.

Même les entraîneurs ont été pris de court par la rapidité avec laquelle les négociations secrètes ont été menées et on est en droit de se demander s’il n’y aurait pas eu des conditions attachées à cette bénédiction inattendue – sincère ou pas – de la GRA. On aimerait bien avoir tort là-dessus, car une industrie hippique comme la nôtre ne relèvera jamais la tête tant que le MTC et la GRA ne trouveront pas un terrain d’entente et que le rôle de l’un comme de l’autre ne sera pas bien défini dans la loi.

Le MTC, on l’a archi dit et répété, doit changer son fusil d’épaule. Il ne pourra plus continuer à organiser ses activités sans un contrôle rigoureux des autorités. Il doit avoir des comptes à rendre non seulement à ses membres, mais aussi aux autorités du pays puisque ses activités ne sont pas réservées à des select few, mais au public dans son ensemble.

Il est dommage que malgré de nombreux select committees et de tables rondes, l’industrie des courses n’ait jamais pu se doter d’un organisme professionnel en charge des racing affairs. La faute à l’Etat, mais aussi au MTC, qui y a pendant longtemps opposé une farouche résistance, brandissant souvent son affiliation à la Fédération internationale des Autorités hippiques.

Pour le Club, toutes nouvelles dispositions pour le contrôle de ses activités par une Turf Authority «compromettraient» (dixit le MTC en avril 1993) sa représentation auprès de la FIAH puisque celle-ci «ne reconnaîtra pas toute nouvelle association nationale mise en place pour le sport hippique à Maurice».

Ce que le MTC a toujours voulu, c’est une intervention «légère et efficace et non envahissante et pesante». Une contre-proposition qui a été rejetée par les autorités à chaque fois que le secteur des courses faisait débat. Les différents gouvernements qui se sont succédé ont toujours cru – à tort ou à raison – que derrière cette farouche résistance du MTC contre un organisme de contrôle se cachaient des intérêts particuliers.

On a bien eu des Gaming Boards et des Horseracing Boards et maintenant la GRA, mais pas une seule de ces instances gouvernementales ne s’est montrée à la hauteur puisque le secteur des courses, malgré sa contribution colossale dans les caisses de l’Etat (Rs 1,9 million par course, contre seulement Rs 350 000 au MTC !), a de tout temps été privé de mesures d’accompagnement, qui l’auraient rendu rayonnant en termes d’opportunités et de développements.

Voilà pourquoi le MTC, qui boucle 2019 avec un déficit, a dû se contenter d’un Week-end international réussi sur le plan organisationnel, mais terne en termes de qualité. D’où le manque d’engouement du public.

Avec le «nouveau départ» entre le MTC et la GRA viennent aussi s’ajouter à la journée additionnelle de cette semaine de folles rumeurs qui font état d’un calendrier kilométrique en 2020. On parle de plus en plus d’une saison à 40+ journées !

Sur ce, chers lecteurs, il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d’année.

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